Le marchand, Henri Bertrand*, a ouvert sa boutique spécialisée dans les objets d'erotica il y a un an, bien que sa passion pour ce domaine remonte à une dizaine d'années. Au fond de la boutique se trouve l'Enfer, qui rassemble les objets (estampes japonaises, objets utilitaires, figurines) liés au culte phallique.

Pour inviter le visiteur à entrer dans sa boutique, Henri Bertrand a choisi un objet de petite taille, un ivoire du dix-neuvième siècle de 5 cm de diamètre à la base. C'est une figurine représentant un marin enlacée à une bordelière nue, une prostituée. Selon H. Bertrand, l'objet est exceptionnel de part la finesse de son exécution – ce qui est particulièrement perceptible dans le détail des ciselures. Il provient de Dieppe, ville spécialisée dans l'ivoire, mais dont on ne connait que très peu d'objets érotiques. Le marchand a chiné cet ivoire à la brocante de Chatou et il est impossible d'en établir la provenance.

Le traitement du sujet interpelle aussi le visiteur : la scène d'enlacement populaire, qui unit un marin rentré au pays et une bordelière, n'est pas dénuée de tendresse. L'emplacement des mains, l'attitude de la bordelière sont emprunts d'une douceur certaine. Les prostituées étaient alors rejetées aux abords des villes, c'est pour cette raison qu'elles prenaient alors le nom de bordelières. C'est aussi d'où vient le terme de bordel. C'est précisément aux abords des villes qu'accostent les marins. La rencontre entre le monde marin et le monde terrestre est traitée de manière ambivalente : la prostituée nue telle une sirène fait en effet davantage référence à la mer que le marin enveloppé dans ses vêtements lourds.

David BOUCHET - EAC

  • EROTIC-SECRET - STAND 89-90 - MALASSIS

CURIOSA – EROTICA